Les patients diabétiques, des acteurs majeurs

Nécessité oblige, la maladie met les diabétiques traités par injections d’insuline, au centre du rôle thérapeutique. Or, tous les patients n’ont malheureusement pas accès à l’information, la formation et l’accompagnement afin de pouvoir adhérer et participer à leur traitement en toute autonomie.
En effet la moitié des patients diabétiques traités par injections estime avoir des lipohypertrophies, près de 1 patient sur 3 injecte dans les lipohypertrophies, et près d’1 sur 4 réutilise ses aiguilles à stylo [2].

Pourquoi tant de pratiques imparfaites ?

Les résultats de l’étude qualitative et sociologique, conduite à l’initiative de BD Medical unité Diabète et du Diabète LAB de la Fédéra on Française des Diabétiques, donnent des réponses.

« Et pourtant le geste n’est pas facile », souligne en préambule Gérard Raymond, président de la Fédéra on Française des Diabétiques (FFD).
Même si les modalités d’apprentissage de l’auto-injection sont très hétérogènes d’un patient à l’autre, le parcours d’apprentissage se construit en deux étapes : la première, au moment du diagnostic de diabète ou d’un changement de traitement, jugée toujours trop courte. La seconde, où le patient reste seul, éloigné d’un soutien médical et où s’ancrent des routines d’usage, vite ritualisées. Rares sont alors les occasions d’obtenir des conseils ou d’évaluer ses pratiques d’injection.

« L’acte d’injection est manifestement secondaire, loin derrière la problématique de l’adapta on des doses, y compris pour les professionnels de santé », regrette Gérard Raymond. « Or s’injecter de l’insuline, ce n’est pas comme le vélo, les bonnes pratiques ne sont pas acquises pour la vie », observe-t-il.

La rupture est donc brutale, au profit d’un apprentissage sur le tas. Au-delà de la première étape, le rendez- vous médical est davantage centré sur l’équilibre glycémique que le geste. La préoccupation majeure des uns et des autres étant le risque d’hypoglycémie…

« Je suppose que je fais correctement le geste »

Le patient n’est ni résistant, ni réfractaire au changement. Il pense simplement bien faire et, faute de vérifications régulières, garde ses habitudes qu’il peut considérer comme étant les bonnes et adaptées. Il a finalement peu d’occasions de remise en question de ses pratiques d’injection et de réapprentissage : hygiène, pli, temps d’injection, etc.

A noter, les écarts par rapport aux bonnes pratiques, réutilisation de l’aiguille ou injection trop rapide, à travers les vêtements notamment, se produisent plus volontiers lorsque le patient se trouve à l’extérieur. Au domicile, lieu rituel de soins, les conditions sont réunies pour de meilleures pratiques.

Par ailleurs, l’étude du Diabète LAB met en lumière que le patient n’ose pas évoquer le sujet avec son médecin.

« Non, parce qu’il faut pas l’enquiquiner avec ça [la technique], c’est pas la maladie »

« Eduquer est un travail de longue haleine, évolutif puisqu’il doit tenir compte des objectifs glycémiques certes, mais encore des contraintes liées à la morphologie, aux sports pratiqués, etc. », précise Gérard Raymond. Et les programmes d’apprentissage concernent aussi bien les patients, premiers concernés, que leurs professionnels de santé, infirmier, pharmacien ou médecin. Chacun étant invité à assumer sa part d’accompagnement. « Il nous faut donc réfléchir au contenu des formations aujourd’hui disponibles, sûrement trop rapides, superficielles », conclut-il à la lecture des résultats de cette étude.

Articles complémentaires

Diabète et injections d’insuline, l’importance du geste
• BD and Me : plateforme tutorielle d’accompagnement des patients diabétiques à la technique d’injection
Étude sur les aiguilles à stylo pour le traitement du diabète

Références

[2] Enquête mondiale sur les pratiques des patients, que font les patients en France? 21 centres hospitaliers, 254 patients. Étude multicentrique en ouvert (Oct 2013- Fév 2014).

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